Sarah El Haïry : « Je ne suis pas contre l’innovation, je suis contre la laisser de manière sauvage »
Invitée de CNews le 23 septembre, Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance et vice-présidente du MoDem, est revenue sur son manifeste consacré à l’encyclique Magnifica humanitas du pape Léon XIV. Une réflexion qui interroge notre rapport au progrès, à l’intelligence artificielle et à la protection des plus vulnérables.
Pour Sarah El Haïry, le débat sur l’intelligence artificielle ne peut se résumer à une opposition entre technophiles et technophobes. Le progrès « n’est ni un opposant, ni un adversaire ni une fascination », mais une force qui transforme profondément nos sociétés et à laquelle il faut donner un cadre.
C’est dans cette perspective qu’elle s’appuie sur Magnifica humanitas, première encyclique de Léon XIV, consacrée à la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Publiée 135 ans après Rerum novarum, elle s’inscrit, selon elle, dans une même tradition de réflexion sur les bouleversements de son époque. Là où Léon XIII interrogeait les conséquences de la révolution industrielle sur le travail, la famille et la dignité humaine, Léon XIV questionne celles de la révolution numérique.
Sarah El Haïry alerte notamment sur les risques pour les enfants, confrontés aux chatbots et à la collecte de leurs données, mais aussi sur les transformations du travail. « Est-ce qu’on a le droit de laisser imaginer que face à certains géants, un enfant n’est rien d’autre qu’un profil des données à commercialiser ? », interroge-t-elle. Pour elle, l’enjeu est de faire de l’innovation un progrès véritablement humain, qui protège « les vulnérabilités, la dignité et les enfants ».
Je connais plein d'innovations grâce à l'intelligence artificielle qui sont positives. Et de l'autre côté, protéger ce que nous devons, c'est-à-dire les vulnérabilités, la dignité et les enfants.
Cette réflexion s’inscrit aussi dans une histoire intellectuelle et politique que Sarah El Haïry revendique. Elle rappelle l’héritage de la démocratie chrétienne, de Rerum novarum au MRP, puis aux différentes formations qui ont prolongé cette famille de pensée jusqu’au MoDem.
Dans une République laïque, cet héritage n’empêche pas de puiser dans une tradition spirituelle pour nourrir une réflexion politique sur le bien commun. « Ça ne t’interdit pas d’aller chercher au plus profond de ce qui te nourrit, ce que tu dois construire comme réponse finalement à notre commun », explique-t-elle. Une conviction qui rejoint son approche de la solidarité, qu’elle définit comme la capacité à « être sensible à l’autre, de prendre la globalité de ses besoins ».
La solidarité, ce n'est pas un gros mot.
Au cœur de son propos figure enfin la place de l’enfant et de la famille, notamment en tant qu'Haute-commissaire à l'Enfance. Sarah El Haïry défend un continuum entre famille, école et société, fondé sur la confiance plutôt que sur l’opposition. Elle évoque notamment la nécessité de renforcer la prévention et le soutien à la parentalité, tout en rappelant que l’école doit demeurer un espace laïque, républicain et protégé de toute idéologie.
Sur l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), elle invite ainsi les parents à « ouvrir le programme et à lire », estimant que son objectif doit rester la prévention des violences et l’apprentissage de l’empathie. « L’idéologie n’a absolument pas sa place », insiste-t-elle, tout en défendant une éducation à l’égalité et au respect.
Pour Sarah El Haïry, le défi est finalement de reconstruire la confiance entre parents et institution scolaire :
Je crois que c’est le doute qui tue cette volonté ou en tout cas cette envie de bien faire avec les parents et avec les enseignants.