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Sarah El Haïry : « Face à des outils qui transforment nos enfants en produit nous avons une responsabilité : les protéger et être à leurs côtés »

Sur le plateau de LCP, la Haute-commissaire à l’enfance et vice-présidente du MoDem, Sarah El Haïry, a défendu une ligne claire quant à la protection de nos enfants face au numérique avec notamment l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.

Forte de son expérience parlementaire, Sarah El Haïry a rappelé que l’enjeu dépasse les clivages. Elle insiste : « on parle simplement de la protection des enfants face aujourd’hui à des dangers qui existent », dénonçant des outils « qui transforment nos enfants en produits » et une véritable « prédation ». Dans ce contexte, la vérification de l’âge constitue « une marche absolument essentielle », car « ce n’est pas une punition faite contre les enfants, c’est une protection ». Elle appelle ainsi à dépasser les oppositions politiques lors de l'examen d'un texte de loi sur le sujet : « ça ne devrait pas être une bagarre entre deux chambres ou une bagarre partisane ».

Nous avons besoin d'un texte, nous avons besoin de protection pour ne pas compter demain les enfants qui ont été victimes.

 

La Haute-commissaire alerte sur les conséquences déjà visibles. Elle évoque « des enfants qui ont été exposés à des images violentes », « du cyberharcèlement » ou encore « des troubles anxieux », et observe surtout « une explosion de la dégradation de la santé mentale de nos enfants ». Elle décrit des services de pédopsychiatrie sous tension et souligne l’impact particulier sur les jeunes filles, confrontées à « des images […] absolument brutales sur elles-mêmes ». 

Mais bon sang, à quel moment on est aux côtés des parents et aux côtés des enfants pour leur dire que nous avons le devoir de vous protéger, ce n'est pas un espace fait pour vous. 

 

Refusant toute caricature, Sarah El Haïry assume aimer la technologie — « je ne suis pas technophobe, je suis une geek » — mais rappelle qu’« un enfant n’est pas un adulte ». Elle dénonce un modèle économique fondé sur la captation de l’attention, qui « génère plus de 120 milliards de dollars […] parce que nos enfants sont les produits de ça ». Dès lors, la régulation devient indispensable pour inverser cette logique. La vérification d’âge vise ainsi à « obliger les plateformes à changer », en les poussant à rendre leurs services « plus propres, plus respectueux », notamment en matière de données et de comportements.

On peut imaginer qu'il y ait des espaces qui ont été pensés avec la présence des enfants et c'est du « safe child by design », donc des lieux qui ont été conçus préservant la santé de nos enfants.

 

Face aux risques, notre vice-présidente défend une approche résolument préventive : 

Je préfère largement protéger et préserver en amont que d’attendre qu’il y ait des dégâts. 

 

Elle refuse une société qui se contenterait de réparer après coup, alors que les conséquences peuvent être dramatiques, évoquant des enfants « exposés malheureusement à du psychotrauma » ou conduits « jusqu’au suicide ». Elle souligne aussi la pression sur les familles : « ce n’est pas de la faute de nos enfants […] ce sont les outils qui sont pensés pour les rendre accros », rendant d’autant plus nécessaire un cadre clair.

Quand on discute avec les enfants, ce qu'ils nous disent c'est qu'ils ont conscience que c'est dangereux, ils ont conscience que ça ne leur ferait pas du bien. Mais ils ne peuvent pas être tout seuls à ne pas être sur ces réseaux sociaux. 

 

Au-delà de la technique, Sarah El Haïry pose un principe fondamental : « on est un État-providence et on protège les vulnérables ». Pour elle, fixer un âge minimum, c’est « dire stop, il y a un âge », afin d’accompagner les parents et de protéger les enfants face à un système qui les dépasse. Elle assume une certaine imperfection des dispositifs, mais considère qu’il faut agir : mieux vaut une protection imparfaite que l’inaction face à des risques avérés.

Ce n'est pas pour punir les jeunes qu'on pose cette question de vérification d'âge. C'est au contraire pour obliger les plateformes à changer. 

 

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